LES TERRIBLES MENSONGES DU JUGE LEYS
Jean-Claude Leys, futur patron de la Sûreté de l'Etat belge

Après l'annonce, le 5 juin, de la démission de Godelieve Timmermans de la direction de la Sûreté de l'Etat belge le 1er août prochain, cette dernière vient d'annoncer par note interne qu'elle serait en congé dès... le 1er juillet. Elle vient ainsi de prendre quelque peu le gouvernement Verhofstadt au dépourvu. Il faut en tout cas faire vite, très vite, pour installer un successeur à la tête d'un service qui n'est pas apte à rester sans chef.

Verhofstadt a entre temps compris et accepté que le poste devra revenir à un Francophone selon ces principes linguistiques dont la Belgique a les secrets. Et les Libéraux, maîtres du jeu, se sont mis d'accord sur leur candidat : l'ancien juge d'instruction Jean-Claude Leys, l'homme de l'affaire KB-Lux, " promu " ensuite à la Cour d'Appel de Mons. Leys a depuis longtemps entretenu d'excellentes relations avec des membres importants de la Sûreté qui l'ont même parfois soutenu dans ses travaux de juge d'instruction. Il n'a d'ailleurs jamais caché ses affinités pour ce service.

Espérons que ses histoires d'amour récentes avec une Vénézuélienne pleine de tempérament n'aurons en rien entamé sa force de travail et qu'il ne se fera plus attrapper en flagrant délit de mensonge comme ce fut le cas encore à la fin de l'année dernière!


LES TERRIBLES MENSONGES DU JUGE LEYS

Mercredi dernier, l'émission " Au Nom de la Loi " de la RTBF nous a montré un ancien juge d'instruction Jean-Claude Leys, aujourd'hui promu avocat général à Mons, menteur et hypocrite. Jean-Claude Leys, jadis en charge de l'affaire KB-Lux, qui aujourd'hui avoue, désemparé, ne pratiquement plus connaître jusqu'au nom de cette banque sur laquelle il enquêta et, oh grand Dieu, nous jura en mentant effrontément, ne jamais avoir tenu entre ses mains ne serait-ce que le moindre document compromettant.

Au cours de l'année 2 000, j'ai eu en tant que journaliste investiguant sur le dossier KB-Lux et le blanchiment d'argent noir au Luxembourg, une dizaine de contacts téléphoniques avec l'homme à la pipe et trois réunions de travail physiques avec lui, une quatrième ayant avortée pour des raisons décrites plus bas. L'objectif était double : d'une part, permettre au journaliste de vérifier l'authenticité de certains documents transmis par un informateur connu pour être tout, sauf honnête et d'autre part, permettre au juge d'entrer en possession de documents et preuves que ce témoin, le fameux Costa, ne lui remettait pas lors des auditions officielles.

"Je vous remercie "

Même si Leys prétend aujourd'hui ne m'avoir rencontré qu'une seule fois et se demande pourquoi il aurait fréquenté le journaliste alors qu'il avait le témoin Costa dans son bureau quand il le voulait, je vais lui rafraîchir la mémoire, à lui qui me téléphona un jour pour me dire : " vous vous débrouillez fort bien avec Costa. Je vous en remercie. "

Après avoir utilisé une fois l'avocat Jean-Paul Thieleman, ami de Leys, pour une transmission de documents déjà ultra sensibles (je dispose de la lettre d'accompagnement et même jusqu'à l'enveloppe annotée), il y eut trois réunions de travail bien distinctes :

La première eut lieu au Restaurant " Les Arcades " à Chapelle les Herlaimont, la commune dont Patrick Moriau est le député-maire. Y étaient assis à table Jean-Claude Leys avec à sa droite Jean Nicolas, en face de Leys Patrick Moriau et en face de Nicolas Frédéric Lavachery. Des documents et informations concernant la KB-Lux avaient déjà été transmis précédemment par un intermédiaire. Je pris ce soir là beaucoup de notes. Et ce n'était pas l'affaire de la Kredietbank qui constituait l'essentiel du menu, mais plutôt la famille royale dans son ensemble ainsi qu'un récent voyage du Prince Philippe en Egypte. La soirée se termina tard dans la nuit, le brave juge n'étant plus très coopératif sur le coup de 1 heure du matin, troquant son rôle de magistrat pour celui de chanteur polissonnes, au grand plaisir ( ?) des autres clients de l'établissement.

Le second rendez-vous eut lieu non loin du lieu de résidence privé du juge, à Nivelles, dans un restaurant de la grand place. Trois personnes à table : Leys, Moriau et Nicolas. Pendant le repas, nous tournâmes une interview pour l'ARD avec Moriau. Antonino Costa était en permanence en contact téléphonique avec moi et attendait dans un café de la place pour répondre à d'éventuelles questions.

Le troisième rendez-vous est de loin le plus important dans le cadre de l'affaire des comptes secrets de la Kredietbank Luxembourg : il a lieu à l'hôtel Hilton à Bruxelles et consiste en un tête à tête entre Leys et moi. Il s'agit de commenter certains comptes de l'affaire KB-L qui visiblement, vu ce rendez-vous de conjurés dans cet endroit discret, ne sont pas destinés à figurer en procédure. Leys ne ment donc pas quand il affirme que ses enquêteurs n'ont pas retrouvé certains documents royaux dans les dossiers KB.

Costa attend à quelques mètres du Hilton, à l'extérieur, dans sa voiture (détail marrant : toujours propriété de la KB). Il m'a confié un paquet de documents pour Leys que je lui remets et reste disponible pour expliquer et pour répondre aux questions, m'obligeant à deux reprises à sortir (il pleut) pour répondre aux questions techniques du juge. Un juge qui évidemment, pour ne pas casser sa procédure, ne peut voir Costa ailleurs que dans son bureau. Quand je quitte le fumeur de pipes, après une bonne heure, le prochain visiteur est déjà au bar et attend d'être reçu par Leys, calfeutré dans un fauteuil en cuir majestueux du bar du Hilton ; il s'agit de M. H., personnage bien connu, qui me salue avec un sourire complice et une poignée de main appuyée.

Les coups de téléphone de Leys

Il aurait dû y avoir une quatrième rencontre, mais elle a avorté au dernier moment. Voici comment, dans le numéro 104 de " L'investigateur ", je raconte, sans précision d'identités à ce moment là, ce qui a empêché cette rencontre d'avoir lieu : " " Interrompez votre action ! Vous êtes suivis. " Les hommes de notre informateur qui a autorité sur un groupe de policiers, ont averti leur patron qui nous faisait filer par ses sbires pour être sûr que nous ne soyons pas victimes de filatures et que notre rendez-vous secret ne devienne public.

Or, qu'est-ce que ces " bons " policiers doivent constater ? Que de " mauvais " flics nous suivent, un rédacteur du " Spiegel " du bureau de Bruxelles qui m'accompagne et moi même. Je coupe la communication sur mon téléphone portable et préviens mon collègue. Nous sommes plutôt désemparés à nous imaginer ainsi, tel deux journalistes bien naïfs qui traînent derrière eux des policiers chargés de les surveiller, eux même suivis par d'autres flics, censés constater si nous sommes suivis. En fait, nous sommes à ce moment là dans le train Bruxelles-Namur et avons rendez-vous (il y sera d'ailleurs) à l'Hôtel des Flandres avec Antonino Costa. Nous devons continuer avec ce dernier et dans sa voiture direction Chapelle les Hairlémont pour y rejoindre Patrick Moriau et… le juge d'instruction à ce moment là en charge de l'affaire KB-Lux, Jean-Claude Leys. C'est ce dernier qui nous prévient in extremis de la filature.

Deux mois plus tard, le 6 septembre 2 000, je promène mon chien quand mon portable me prévient à nouveau : " Jean, je viens d'apprendre que quelqu'un t'a collé un privé sur le dos. Un gars de la région de Liège, je n'en sais pas plus. Méfie toi. ". C'est Patrick Moriau, alerté par Leys, qui me prévient ainsi, gentiment.

Des mensonges claires et précis

Voilà pour les mensonges clairs et précis du grand juge Leys qui, lorsque j'étais entré en possession des microfiches de Costa, se proposa même de m'aider à acquérir la machine indispensable pour les développer. Il est évident qu'il y eut d'autres contacts par d'autres personnes interposées et " coursiers " entre Leys et moi même, mais je crois que ce qui figure ci dessus devrait suffire à démontrer les mensonges du juge démasqué. On reparlera une autre fois s'il le faut de certaines séances de consolation en pleine crise conjugale belgo-vénézuélienne, en présence d'un députémaire et d'une journaliste allemande dont le charmne relatif ne laissa pas indifférent les deux hommes…

Mais la question essentielle de tout cela : Qu'a fait Leys des documents que je lui ai remis ? Mystère… A moins que ne… N'oublions pas que le ministre refusa longtemps, très longtemps, de signer sa nomination à Mons…

L'ex juge d'instruction, spécialisé dans les affaires financières, traîne en tout cas une réputation on ne peut plus sulfureuse. Si d'aucun prétendent qu'il était à la fin des années quatre-vingt-dix la cible d'une campagne de calomnie orchestrée par une agence privée d'espionnage économique, Inforcom, qui diffusa des documents sensés démontrer le manque de probité du juge (notamment des faits de corruption et des malversations financières du temps où Leys travaillait encore dans le secteur privé), le juge n'a jamais su vraiment démonter ces accusations. Sa vie de " commercial " dans le privé avant de devenir magistrat belge et certaines pièces témoignent de ce que Leys, l'actualité vient de le souligner, n'est pas à un mensonge près ! Pour certains observateurs, c'est l'instruction du dossier KB-Lux qui lui vaut ces attaques.

Pour " L'investigateur ", c'est plutôt sa façon de mélanger le privé, le hors procédure et son mandat de magistrat ! Leys a été accusé ces dernières années d'avoir pratiqué des écoutes téléphoniques illégales, il a également été exposé à des critiques écrites sévères du substitut Degryse du Parquet de Bruxelles, qui, en 1999, trouvait également que les relations entre Antonino Costa, le taulard témoin numéro 1 du juge dans l'affaire KB-Lux et le magistrat étaient parfois plutôt étranges. Degryse avait d'ailleurs tenté, début 2 000, de soustraire pendant quelques heures le fameux faussaire Costa de l'influence de Leys. Mais le juge d'instruction à la pipe avait réussi à intervenir pour que Costa ne soit pas écroué ce soir là et il s'en était d'ailleurs félicité dans une brève conversation téléphonique qui se voulait rassurante, avec moi. C'était encore l'époque où le juge comptait sur le journaliste pour " extraire " au témoin Costa certains renseignements que ce dernier refusait obstinément de donner dans les auditions officielles au bureau du juge.

La revanche de Leys et Costa

Leys et Costa entreprirent d'ailleurs une autre opération truquée, à l'image de la perquisition montée de toutes pièces dans l'apprtement du fameux vétérinaire - informateur de police - alcoolique Jean-Pierre Leurquin. Voici comment un hebdomadaire belge raconte l'affaire : " (…) L'hebdomadaire flamand Knack publie le rapport du Comité P (la police des polices) sur la façon dont la police judiciaire de Bruxelles a travaillé au tout début de l'affaire KB Lux. Le rapport ne détecte, en fait, rien de particulièrement grave dans les méthodes de travail des policiers. Seul, l'un d'eux pourrait subir une sanction pour non respect de la procédure dans le cadre d'une perquisition. Mais déjà ce rapport est utilisé par l'hebdomadaire flamand et le journaliste Franck De Moor pour, une fois de plus, mettre en cause le juge Leys qui aurait couvert ses enquêteurs et en payerait maintenant "les pots cassés". (…)

Dans le prolongement de la publication de ce rapport par Knack, on a appris que le journaliste Franck De Moor avait été interpellé vendredi en fin de matinée par la police judiciaire de Bruxelles. Un peu plus tôt, le juge d'instruction Leys avait reçu des informations selon lesquelles notre confrère avait rendez-vous à l'hôtel Hilton avec un "acteur" du dossier KB Lux. Le juge d'instruction avait immédiatement rédigé un article 29 transmis au substitut Degryse. À l'heure et à l'endroit annoncés, les policiers repéraient effectivement Franck De Moor et l'un des cadres de la KB Lux à l'origine du vol des listings de la clientèle. Comme annoncé, le journaliste flamand était en possession non seulement du rapport du Comité P mais aussi de copies de pièces provenant du dossier d'instruction du juge Leys sur la KB Lux. Les documents saisis démontreraient, en tout cas, que Franck De Moor a bénéficié d'une fuite (…) "

Or, ce délicat personnage décrit comme " l'un des cadres de la KB Lux " n'est autre que le fameux faussaire Antonino Costa qui remet ce matin là les pièces en question à de Moor. Les policiers de Leys, qui avaient été prévenus par Costa et montèrent donc l'opération d'un commun accord avec le repris de justice italo-belge, ne firent finalement saisir que ce que Costa avait remis au journaliste quelques minutes plus tôt. Costa se vanta d'ailleurs publiquement " d'avoir baisé la gueule " au journaliste flamand. En tout cas, juge et escroc avaient pris leur revanche dans une interpellation montée.

JN



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